Un historien de la paix et un défenseur des réfugiés réunis autour du café.

Et si chaque matin, en buvant ton café, tu pouvais contribuer à l’intégration et à la paix ? Oui, c’est possible, grâce à Carlos et Fabian.

Homme, cheveux brun, iris marrons, colombien habitant à Paris, cycliste habitué des queues de poisson et des piétons suicidaires. Je ne te décris pas là une, mais bien deux personnes. Elles ont beaucoup de points communs, pourtant, il y a un an, elles ne se connaissaient pas. 

De leur rencontre est née Populaire une entreprise qui par la vente de café venant tout droit de producteurs colombiens participe au retour de la paix en Colombie et à l’insertion professionnelle des réfugiés grâce à leur école de barista à Paris.

Mais avant tout ça, je te raconte leur rencontre.

Une remise en question professionnelle et personnelle.

CARLOS

Carlos s’est réfugié en France en 2012. Huit ans déjà, il est plus parisien que moi, ça c’est sûr. Il a tout quitté pour venir étudier le droit à la Sorbonne avant de fouler le fameux plancher de Science-Po où il a suivi un Master en Sécurité Internationale.

Déjà adolescent, il se bat pour que la violence et les inégalités cessent en Colombie. Depuis le lycée, il participe à des groupes de négociation pour la paix dans les favelas où il habite. Puis adulte, son combat se poursuit. Il passe des rues poussiéreuses de Medellín aux couloirs luisants des Nations Unies. Il se retrouve là-haut, à l’UNHCR (l’Agence des Nations Unies pour les Réfugiés) à observer ce qu’il se passe plus bas et à réfléchir à des plans, stratégies et tactiques pour essayer de changer les choses. Ça marche parfois. Il y reste deux ans, puis son contrat se termine et il ne cherche pas à le renouveler. Avec un peu d’argent de côté, il décide de prendre une année pour réfléchir. Ces deux années en haut, l’ont coupé de la réalité. « Plus on a de l’expérience, plus on a des postes à responsabilité, plus on commence à s’éloigner des publics avec lesquels on souhaite travailler ». Il a besoin de se recentrer, de se connecter à nouveau avec lui-même : Qu’est-ce qu’il veut faire ? Qui est-il ? Ces questions s’établissent dans sa tête et ne le lâchent plus. Il a soufflé ses 30 ans il y a peu. Crise de la trentaine ?

FABIAN

Fabian lui est historien. Il arrive en France en 2015 pour faire une thèse sur l’exil politique des Colombiens. Celle-ci se termine et il postule à une bourse pour financer une autre recherche. Il y met toute son énergie, se donne à fond, y croit dur comme fer. Mais, il ne l’obtient pas. Il se retrouve sans financement, avec un visa temporaire, en France. Et il n’a aucune envie de rentrer en Colombie. La situation est encore trop compliquée là-bas. Paf. Il se prend la réalité en pleine joue. Il se remet en question : est-ce que faire de la recherche lui plaît vraiment ? Est-ce vraiment utile ? Ou est-ce que ça n’était qu’un moyen d’obtenir un visa et de poursuivre sa vie telle quelle ? Il a bientôt 30 ans, crise précoce de la trentaine ?

CARLOS

Carlos veut répondre à ces questions ancrées dans son esprit. Il veut les affronter, les creuser, et les disséquer. Alors, il décide de s’écouter et d’observer. La première chose que son cœur lui dit, c’est de sortir, d’aller à la rencontre des autres, de reprendre contact avec cette réalité qui lui avait tant manqué. Il trouve un boulot dans un coffee shop et il adore.

« Rester enfermé sur soi-même ça n’est vraiment pas bon. Je voulais faire quelque chose et avoir une routine qui me forçait à sortir de la maison ».

Carlos se pose, s’écoute et regarde ce qui le rend heureux.

« C’est avec ce boulot au coffee shop que je me suis rendu compte que j’aimais passer du temps avec les clients. Raconter le café, le vin, tout ce qu’on vendait à des gens qui découvraient ça souvent pour la première fois ».

FABIAN

Fabian a une année pour préparer sa nouvelle thèse et donc il a besoin d’argent. Mais il ne prend pas le premier petit boulot venu, il se laisse guider par ce qu’il aime. Et ce qu’il aime, c’est le café. Son odeur enivrante, son arôme amer, floral ou épicé, ses grains lisses porteurs de délices poudrés, ses arbres aux racines plongées dans le sol de son enfance. Le café rythme sa vie depuis tout petit. Alors, lorsqu’un ami d’ami lui recommande une formation à la torréfaction, il n’hésite pas et dit oui. « Il faut écouter les signes que donne la vie. » Un historien torréfacteur, et pourquoi pas ? Chaque grain est porteur de tant d’histoires.

« La torréfaction c’était la découverte d’une chose très concrète. Transformer un produit, le toucher avec mes mains, sentir l’odeur, voir la couleur … C’est quelque chose d’hyper concret, d’hyper physique, qui va impacter les choses en Colombie, à Paris, partout dans le monde. C’est beaucoup plus cohérent, pertinent, concret, que seulement réfléchir à l’histoire de l’histoire des victimes. C’est explorer avec mes mains et ça a donné un nouveau sens à ma vie. »

Fabian se lance donc dans cette nouvelle aventure. Il met la recherche au second plan, le temps de respirer.

« Il ne faut pas avoir peur d’explorer, de sortir de l’idée de vie qu’on a eu ». 

Sortir de sa zone de confort, rencontrer, créer.

Carlos derrière le bar, Fabian en formation. Ils se croisent plusieurs fois entre les clients de passage, les tasses de café à débarrasser et les machines de torréfaction à faire tourner. La café et torréfacteur The Beans on Fire devient leur nouvelle maison et le théâtre de leur rencontre.

Et c’est bien sûr autour d’une tasse de café aux effluves cacaotées et orangées que Carlos et Fabian se découvrent et se retrouvent à travers une même vision : lutter pour la paix et l’intégration des réfugiés.

L’idée germe, grandit petit à petit, puis éclot : faire du café un vecteur d’intégration et de construction de la paix. Carlos et son expérience avec l’intégration des réfugiés, Fabian et ses recherches sur le rétablissement de la paix en Colombie alliées à sa formation de torréfacteur, ils étaient faits pour travailler ensemble.

« On s’est tout de suite dit : Il faut le faire, ça ne peut que marcher ! » (Carlos).

Populaire est né.

Carlos et Fabian ont créé un projet, un métier, leur correspondant totalement. Carlos retrouve le contact avec les bénéficiaires à travers l’école de barista de Populaire, permettant la réinsertion professionnelle des réfugiés. Fabian poursuit son exercice de mémoire et sensibilise les consommateurs à l’histoire de la Colombie et de ses producteurs en sélectionnant les meilleurs grains auprès d’artisans qu’il connaît et valorise. Carlos et Fabian, ensemble, continuent à promouvoir la paix en Colombie en permettant aux producteurs de vendre leur café au prix juste.

« L’artisanat c’est quelque chose qui est magique parce qu’on est fier de faire un bon produit et un beau produit, un produit qui a du sens pour les gens et pour nous aussi » (Carlos).

Ils rétablissent la réalité géopolitique du café, deuxième produit le plus consommé et échangé après le pétrole. Un produit au cœur de conflits armés et de traumatismes historiques.

« On boit tous du café. C’est un moyen très puissant de parler des réfugiés, des conflits ailleurs, vu que les gens ont déjà cette sensibilité au café. C’est un peu comme un cheval de Troie. » (Carlos).

Des outils pour rester en mouvement.

Il n’y a pas de secrets, si Carlos et Fabian ont pu lancer Populaire, c’est parce qu’ils possèdent les bons réflexes et les bons outils pour prendre du recul et rebondir.

Respire. Ils ont tous les deux pris une année pour réfléchir, que ce soit par défaut ou par choix, ils ont accepté l’incertitude et l’ont vu comme une opportunité pour se remettre en question.

Découvre. Carlos et Fabian ne sont pas restés enfermés sur eux-mêmes, mais ils sont sortis de leur zone de confort, l’un en tant que serveur, l’autre en tant que futur torréfacteur. Ils sont allés rencontrer de nouvelles personnes, essayer de nouvelles choses. Et à chaque fois ils ont pris le temps de comprendre ce qui résonnait en eux.

Ose. Leur rencontre les a mis en mouvement. Oui. Ensemble, ils se sont motivés pour faire face à leurs peurs et faire de leur idée une réalité. Aujourd’hui encore, il y a de la peur. Mais ils en font un moteur et face aux obstacles, ils s’adaptent. Par exemple, pendant le confinement, ils ont décidé de vendre leur café aux particuliers avec une livraison à vélo : « C’était trop sympa de sortir et de rencontrer des gens contents de discuter car ils ne voyaient personne, et de les faire voyager avec le café » (Carlos).

Finalement, pour Carlos, les bons réflexes à avoir sont : de toujours prendre du recul sur ce que l’on fait et le tout sans se juger ; d’être curieux et de s’entourer de personnes qui nous nourrissent. Pour Fabian, il faut affronter ses peurs et s’inspirer du parcours des autres. C’est ce qu’il apprend à faire depuis 10 ans avec l’escalade. Escalader, c’est aller au-delà de ses limites physiques et psychologique, c’est aller au-delà de sa peur. Les grimpeurs professionnels qu’il a eu l’occasion de rencontrer l’ont aussi grandement inspiré, eux qui avaient tout lâché pour se consacrer à leur passion et qui aujourd’hui sont champions.

Oui c’est vrai, Carlos et Fabian ont aussi appris la résilience en tant que réfugiés, ils ont dû apprendre à s’en sortir. Mais, Carlos souligne une chose qu’il ne faut pas oublier :

« On est tous équipés pour être résilients peu importe notre histoire ».  


Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :