Quand la vidéo devient un tableau vivant.


En face de moi, une jeune fille aux longs cheveux châtains, les paupières closent, semble dormir. Les traits de son visage sont doux. Son teint est pâle. Est-elle morte ? Je ne sais pas. Alors que de loin elle semblait figée, mes yeux perçoivent d’infimes mouvements tandis que je m’approche. Ses cheveux fins ondulent doucement au grès du rythme doux de l’eau. Son corps inerte est bercé par cette densité légère et liquide. Je reste là, concentrée, le regard fixé sur cette paisible silhouette d’ange. Je veux savoir si elle respire. Des bulles s’échappent de son nez. Mais sa poitrine ne semble pas se soulever. Soudain, un homme, grand, en baskets, passe sur mon côté droit et vient s’arrêter dans mon champ de vision. Son dos remplace le visage détendu de la jeune fille. Je reviens à la salle dans laquelle je me trouve. L’homme grand en baskets s’écarte à nouveau et s’arrête un peu plus loin devant un autre corps endormi dans les eaux. Accroché sur un mur noir. Là. En face de moi. La jeune fille continue à onduler.

Quand la vidéo devient un tableau vivant.

Bill Viola.

Bill viola est un pionner de l’art vidéo. Ses œuvres se situent au croisement entre la photographie, le tableau, la sculpture et la vidéo. Il dit lui-même qu’il “sculpte le temps”. Une prise de 45 secondes peut être projetée en 12 minutes. L’utilisation de technologies de pointe, avec la révolution du pixel, lui permet d’altérer l’image et le temps de projection autant qu’il le souhaite. Dans The Quintet of the Astonished (2000), tu peux observer le passage des émotions seconde par seconde sur les visages des protagonistes et l’évolution détaillée de la posture des corps en réponse à ces émotions. C’est impressionnant. Lorsque j’ai eu la chance de découvrir cette œuvre au Grand Palais en 2014, je ne faisais pas encore de méditation, pourtant cette décomposition des émotions a su happer mon attention pendant bien 5 minutes. 5 minutes de silence à observer. 5 minutes d’observation où mes pensées s’étaient tues. Une véritable expérience méditative en soi.

Bill Viola invite à une expérience intérieure. Il est lui-même un adepte de la méditation zen qu’il a pratiquée pendant une année avec sa femme en suivant l’enseignement du maître zen Daien Tanaka au Japon. Il souhaite nous inviter à plonger au fond de nous en arrêtant le temps. A entrer dans un monde onirique entre réalité et rêverie.

“Ce qui se trouve juste en face de nous maintenant est un monde de pure apparence. C’est seulement une surface – non la vraie réalité.”
– Bill Viola.

Son travail intègre entièrement le spectateur. Il est impossible de parcourir une de ses expositions en restant détaché, dans le rôle classique de l’observateur face au tableau. Bill t’oblige à te déplacer, à te pencher, à regarder partout en même temps, à te retourner. Tu peux te retrouver entouré-e de gigantesques écrans t’obligeant à regarder et à vivre plusieurs situations en même temps et à ressortir de la salle avec la tête qui tourne (Going Forth by Day). Ou au contraire tu peux chercher l’écran caché au fond d’un baril d’où s’échappe une lumière bleutée (The Sleepers).

Bill Viola t’invite à regarder le monde à travers un temps ralenti et par cette distorsion temporelle, il te fait voir un autre aspect de la réalité que tu n’avais peut-être pas saisi. Ses œuvres remettent en question l’usage des vidéos et des films que l’on a l’habitude de regarder. Il questionne notre rapport au passage du temps – toujours plus rapide – et par là à notre environnement.

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